De Birmingham à Paris : l’histoire de la casquette plate et du béret ouvrier
Avant d'évoquer l'élégance britannique, les séries historiques ou le style parisien, la casquette plate et le béret appartenaient à des univers beaucoup plus quotidiens. Travailleurs, artisans, paysans et populations urbaines ont contribué à inscrire ces couvre-chefs dans l'histoire vestimentaire européenne.
Derrière l'univers du béret casquette se rencontrent ainsi deux traditions différentes : celle de la casquette britannique, reconnaissable à sa petite visière, et celle du béret français, profondément lié aux Pyrénées et au Béarn.
Mais attention aux images construites par le cinéma : la casquette plate n'est pas née soudainement dans une usine de Birmingham au XIXe siècle, pas plus que le béret n'est apparu sur une terrasse parisienne.
Alors, d'où vient réellement la casquette plate anglaise ? Pourquoi les ouvriers portaient-ils ce type de couvre-chef ? Et comment ces pièces populaires ont-elles fini par devenir des accessoires de style ?
Partons de l'Angleterre industrielle jusqu'aux rues de Paris pour retracer leur histoire.
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D'où vient la casquette plate anglaise ?
Il est difficile d'attribuer la naissance de la casquette plate moderne à une ville ou à une date unique. Une chose est cependant certaine : la tradition britannique des couvre-chefs souples en laine est bien antérieure à la révolution industrielle.
Dès le XVIe siècle, leur fabrication occupait une place suffisamment importante en Angleterre pour intéresser directement le pouvoir politique.
En 1571, le Cappers Act imposait à une grande partie de la population anglaise de porter, les dimanches et jours de fête, un bonnet de laine fabriqué en Angleterre. L'objectif était notamment de soutenir la production nationale et le métier des fabricants de bonnets.
Des bonnets anglais en laine tricotée datant du XVIe siècle sont d'ailleurs encore conservés dans les collections muséales.
Il ne s'agit pas encore nécessairement de la casquette plate telle que nous la connaissons aujourd'hui. Mais ce témoignage montre que le lien entre laine, couvre-chef populaire et production britannique est vieux de plusieurs siècles.
La casquette plate vient-elle vraiment de Birmingham ?
Non, pas au sens strict.
Birmingham représente surtout un puissant symbole de l'Angleterre industrielle. Au XIXe siècle, la croissance des villes, des manufactures et d'une importante population ouvrière transforme profondément le paysage social britannique.
La casquette devient alors l'un des couvre-chefs que l'on retrouve dans les vestiaires populaires, au même titre que d'autres formes de chapeaux et de coiffes.
Présenter Birmingham comme le lieu précis où la casquette plate aurait été inventée serait donc réducteur. Il est plus juste de considérer la ville comme l'un des décors emblématiques de l'histoire industrielle à laquelle la casquette sera ensuite fortement associée.
Pourquoi les ouvriers portaient-ils des casquettes au XIXe siècle ?
Parce que le couvre-chef faisait largement partie du vestiaire masculin de l'époque et que les formes souples présentaient plusieurs qualités pratiques pour la vie quotidienne.
Une casquette basse pouvait notamment être :
- compacte et relativement peu encombrante ;
- facile à porter au quotidien ;
- confectionnée dans des étoffes adaptées aux saisons fraîches ;
- utilisée pour protéger la tête des conditions extérieures ;
- associée facilement aux vêtements de travail.
Il faut toutefois éviter l'image d'un uniforme ouvrier universel. Tous les travailleurs britanniques du XIXe siècle ne portaient pas la même casquette. Les couvre-chefs variaient selon les régions, les périodes, les professions et les milieux sociaux.
La casquette plate devient néanmoins suffisamment présente dans les classes populaires pour que cette association marque durablement son identité.
Casquette plate, gavroche, newsboy et béret : quelles différences ?
L'histoire est parfois compliquée par le vocabulaire actuel. Casquette plate, gavroche, newsboy et béret sont régulièrement rapprochés alors que leurs silhouettes ne sont pas identiques.
| Couvre-chef | Construction générale | Silhouette |
|---|---|---|
| Casquette plate | Calotte relativement basse avec petite visière | Sobre et proche de la tête |
| Gavroche | Calotte plus généreuse associée à une visière | Plus ample et rétro |
| Newsboy / octogonale | Calotte généralement construite en plusieurs panneaux | Arrondie et structurée |
| Béret | Calotte souple sans la visière caractéristique de la casquette | Ronde et épurée |
Cette distinction est particulièrement utile lorsque l'on recherche un béret casquette. Le béret et la casquette peuvent appartenir au même univers stylistique, mais ils ne désignent pas techniquement le même couvre-chef.
Pourquoi le tweed est-il associé à la casquette anglaise ?
La matière participe énormément à l'image actuelle de la casquette britannique.
Le tweed, avec sa texture marquée et ses déclinaisons à chevrons, carreaux ou effets chinés, est devenu l'un des grands codes visuels du vestiaire britannique traditionnel.
Associé à une casquette plate ou à une forme plus volumineuse, il renforce immédiatement son caractère.
C'est ainsi que la combinaison casquette plate + laine ou tweed + motifs traditionnels est aujourd'hui capable d'évoquer en quelques secondes la campagne britannique ou une silhouette inspirée des vestiaires anciens.
Il ne faut toutefois pas en déduire que toutes les casquettes plates historiques étaient en tweed : les matières ont varié selon les époques, les usages et les modèles.
Et en France : d'où vient le béret ?
De l'autre côté de la Manche, l'histoire suit un autre chemin.
Le béret français possède de fortes racines pyrénéennes et particulièrement béarnaises. Bien avant de devenir un symbole international de la France, il appartient à un environnement régional et pastoral.
La tradition associe notamment le béret aux bergers béarnais, qui utilisaient la laine disponible localement pour confectionner un couvre-chef adapté à la vie extérieure.
Sa fabrication et son usage évoluent ensuite. Avec l'industrialisation et l'exode rural, le béret quitte progressivement les seuls pâturages pour accompagner également paysans, ouvriers et populations urbaines.
Sa production elle-même s'industrialise dans le Béarn, notamment autour de territoires comme Nay et Oloron-Sainte-Marie.
Le béret était-il vraiment un couvre-chef ouvrier ?
Oui, mais pas uniquement.
C'est une nuance importante.
Le béret a effectivement été porté par des ouvriers, notamment pour des activités réalisées à l'extérieur. Mais son histoire ne peut pas être réduite au monde industriel.
Elle est également :
- pastorale ;
- paysanne ;
- régionale ;
- militaire ;
- puis artistique et liée à la mode.
C'est justement là que l'histoire du béret français rejoint celle de la casquette britannique : un couvre-chef pratique peut progressivement changer de milieu sans perdre sa forme reconnaissable.
De couvre-chefs populaires à accessoires de style
La casquette plate et le béret n'ont pas la même origine, mais leurs trajectoires présentent une similitude remarquable.
Ils commencent par répondre à des usages très concrets avant de circuler dans d'autres univers sociaux et vestimentaires.
La casquette britannique ne reste pas exclusivement associée aux travailleurs. Elle trouve également sa place dans les loisirs, les tenues de campagne et différents vestiaires masculins.
Le béret connaît lui aussi plusieurs vies. Après ses usages régionaux, populaires, professionnels et militaires, il devient progressivement associé à d'autres représentations : artistes, cinéma, mode et image internationale de la France.
La signification du vêtement change alors sans que sa silhouette disparaisse.
Le couvre-chef populaire devient patrimoine. Le vêtement fonctionnel devient accessoire de style.
Pourquoi Paris est-il associé au béret ?
Paris n'est pas le berceau historique du béret français.
Ses racines se trouvent bien plus au sud, dans les Pyrénées et le Béarn.
Mais à mesure que le béret se diffuse dans la société, il rejoint différents univers culturels et urbains. Les artistes, le cinéma et la mode participent progressivement à transformer son image.
À l'étranger, la silhouette du béret finit par devenir l'un des raccourcis visuels les plus reconnaissables associés à la France.
C'est ainsi qu'un couvre-chef issu d'une tradition régionale peut progressivement être perçu comme un symbole national.
Quel rôle les séries historiques ont-elles joué dans le retour de la casquette plate ?
Le cinéma et les séries utilisent les vêtements pour évoquer immédiatement une époque et un milieu social.
Une casquette texturée, un gilet, un manteau sombre et une rue industrielle suffisent aujourd'hui à faire apparaître tout un imaginaire britannique.
Des séries comme Peaky Blinders, dont l'action se déroule à Birmingham au début du XXe siècle, ont considérablement renforcé cette association contemporaine.
Mais la fiction ne doit pas remplacer l'histoire : les costumes sont aussi conçus pour créer une identité visuelle forte. La casquette britannique existait bien avant l'époque représentée dans la série.
Son succès actuel réactive donc un héritage ancien plutôt qu'il ne le crée.
Casquette plate anglaise et béret français : deux histoires qui se répondent
| Casquette plate britannique | Béret français |
|---|---|
| Issue d'une longue tradition britannique de couvre-chefs | Fortement enraciné dans les Pyrénées et le Béarn |
| Associée notamment aux milieux populaires | Usages pastoraux, paysans, ouvriers et militaires |
| Souvent associée aujourd'hui à la laine et au tweed | Traditionnellement fortement associé à la laine |
| Devient un symbole du style britannique | Devient progressivement un symbole français |
| Réinterprétée par la mode et la culture populaire | Réinterprété par les artistes, le cinéma et la mode |
Il serait donc faux de raconter une origine commune.
Leur point commun se trouve ailleurs : la capacité d'un objet fonctionnel à traverser les classes sociales, les générations et les modes.
De Birmingham à Paris : deux couvre-chefs devenus intemporels
Birmingham et Paris sont finalement deux décors symboliques de cette histoire plutôt que deux lieux de naissance.
La tradition britannique des couvre-chefs en laine est attestée plusieurs siècles avant la révolution industrielle. Birmingham incarne ensuite l'univers industriel et ouvrier auquel la casquette plate sera durablement associée.
Le béret suit un autre itinéraire : des pâturages pyrénéens et du Béarn aux villes, puis des usages populaires et professionnels aux univers militaires, artistiques et stylistiques.
Aujourd'hui, porter une casquette plate ou un béret ne consiste pas à reproduire une tenue ouvrière ancienne. Ces pièces continuent d'exister précisément parce qu'elles peuvent être réinterprétées avec des vêtements contemporains.
Le béret casquette conserve ainsi quelque chose que les tendances seules ne peuvent pas créer : une histoire.
Ils n'ont pas été imaginés comme des accessoires intemporels. Ils le sont devenus.
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FAQ : histoire de la casquette plate et du béret ouvrier
D'où vient la casquette plate anglaise ?
La casquette plate s'inscrit dans une longue tradition britannique de couvre-chefs souples. La fabrication de bonnets de laine occupait déjà une place importante en Angleterre au XVIe siècle, comme l'illustre le Cappers Act de 1571. La forme évolue ensuite au fil des siècles jusqu'aux casquettes plates que nous connaissons aujourd'hui.
Pourquoi les ouvriers portaient-ils des casquettes au XIXe siècle ?
Les couvre-chefs faisaient largement partie du vestiaire masculin. Les formes souples et compactes étaient adaptées à différents usages quotidiens et pouvaient être confectionnées dans des étoffes appropriées aux saisons fraîches. Il n'existait toutefois pas une casquette unique portée par tous les ouvriers.
La casquette plate vient-elle de Birmingham ?
Il est plus juste de considérer Birmingham comme un symbole de l'Angleterre industrielle que comme le lieu de naissance établi de la casquette plate. Les traditions britanniques de couvre-chefs en laine sont beaucoup plus anciennes.
Quelle différence entre une casquette plate et une gavroche ?
La casquette plate possède généralement une silhouette basse et proche de la tête. La gavroche présente davantage de volume, tandis que les modèles newsboy ou octogonaux sont généralement construits à partir de plusieurs panneaux formant une calotte plus arrondie.
Le béret était-il porté par les ouvriers ?
Oui. Le béret a notamment été adopté par des ouvriers et des travailleurs exerçant à l'extérieur. Mais son histoire est plus large : elle est aussi pastorale, paysanne, régionale, militaire puis liée aux arts et à la mode.
Pourquoi la casquette plate est-elle associée à Peaky Blinders ?
La série, située dans le Birmingham du début du XXe siècle, utilise fortement les casquettes et formes apparentées dans l'identité visuelle de ses personnages. Son succès a renforcé l'association contemporaine entre casquette plate et Angleterre industrielle, même si l'histoire britannique de ces couvre-chefs est bien plus ancienne.